Le juste salaire et la grève

Qu’est-ce qu’un salaire est censé couvrir ?

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Le juste salaire est le fruit légitime du travail. Le refuser ou le retenir, peut constituer une grave injustice (cf. Lv 19, 13 ; Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4). Pour apprécier la rémunération équitable, il faut tenir compte à la fois des besoins et des contributions de chacun. " Compte tenu des fonctions et de la productivité, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme et aux siens les ressources nécessaires à une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel " (GS 67, § 2). L’accord des parties n’est pas suffisant pour justifier moralement le montant du salaire.

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La grève est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d’un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu’elle s’accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun.

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Les droits des travailleurs, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante. Le Magistère social de l'Église a voulu en mentionner quelques-uns, en souhaitant leur reconnaissance dans les ordonnancements juridiques: le droit à une juste rémunération; Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 625-629. le droit au repos; Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 625-629. le droit « à des lieux et des méthodes de travail qui ne portent pas préjudice à la santé physique des travailleurs et qui ne blessent pas leur intégrité morale »; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 629. le droit que soit sauvegardée sa personnalité sur le lieu de travail, « sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité »; Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 15: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 83 (1991) sur vatican.va — PDF numérisé (1991) 812. le droit à des subventions convenables et indispensables pour la subsistance des travailleurs au chômage et de leurs familles; Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 18: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 622-625. le droit à la retraite ainsi qu'à l'assurance vieillesse, l'assurance maladie et l'assurance en cas d'accidents du travail; Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 625-629. le droit à des mesures sociales liées à la maternité Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 625-629. et le droit de se réunir et de s'associer. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum: Acta Leonis XIII, 11 (1892) 135; Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 23 (1931) sur vatican.va — PDF numérisé (1931) 186; Pie XII, Encycl. Sertum laetitiae: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 31 (1939) sur vatican.va — PDF numérisé (1939) 643; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 55 (1963) sur vatican.va — PDF numérisé (1963) 262-263; Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 58 (1966) sur vatican.va — PDF numérisé (1966) 1089-1090; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 629-632; Id., Encycl. Centesimus annus, 7: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 83 (1991) sur vatican.va — PDF numérisé (1991) 801-802. Ces droits sont souvent offensés, comme le confirment les tristes phénomènes du travail sous-payé, privé de protection ou non représenté de manière adéquate. Il arrive souvent que les conditions de travail des hommes, des femmes et des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, soient tellement inhumaines qu'elles offensent leur dignité et nuisent à leur santé.

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La rémunération est l'instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 625-629. Le « juste salaire est le fruit légitime du travail »; Catéchisme de l'Église Catholique, 2434; cf. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 23 (1931) sur vatican.va — PDF numérisé (1931) 198-202: « Le juste salaire » est le titre du chapitre 4 de la IIème Partie. celui qui le refuse ou qui ne le donne pas en temps voulu et en une juste proportion par rapport au travail accompli commet une grave injustice (cf. Lv 19, 13; Dt 24, 14-15; Jc 5, 4). Le salaire est l'instrument qui permet au travailleur d'accéder aux biens de la terre: « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l'entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l'homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel ». Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 67: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 58 (1966) sur vatican.va — PDF numérisé (1966) 1088-1089. Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci « ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier »: Léon XIII, Encycl. Rerum novarum: Acta Leonis XIII, 11 (1892) 131. la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat.

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Le bien-être économique d'un pays ne se mesure pas exclusivement à la quantité de biens produits, mais aussi en tenant compte de la façon dont ils sont produits et du degré d'équité dans la distribution du revenu, qui devrait permettre à tous d'avoir à disposition ce qui sert au développement et au perfectionnement de la personne. Une répartition équitable du revenu doit être poursuivie sur la base de critères non seulement de justice commutative, mais aussi de justice sociale, c'est-à-dire en considérant, au-delà de la valeur objective des prestations de travail, la dignité humaine des sujets qui l'accomplissent. Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu qui, tenant compte des conditions générales, considèrent opportunément les mérites et les besoins de chaque citoyen.

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La doctrine sociale reconnaît la légitimité de la grève « quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné », Catéchisme de l'Église Catholique, 2435. après que toutes les autres modalités de dépassement du conflit se soient révélées inefficaces. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 58 (1966) sur vatican.va — PDF numérisé (1966) 1089-1090; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 629-632; Catéchisme de l'Église Catholique, 2430. La grève, une des conquêtes les plus difficiles de l'associationnisme syndical, peut être qualifiée de refus collectif et concerté, de la part des travailleurs, d'accomplir leurs prestations, afin d'obtenir, grâce à la pression ainsi exercée sur les employeurs, sur l'État et sur l'opinion publique, de meilleures conditions de travail et de leur situation sociale. La grève, pour autant qu'elle apparaisse « comme une sorte d'ultimatum », Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 632. doit toujours être une méthode pacifique de revendication et de lutte pour ses droits; elle devient « moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun ». Catéchisme de l'Église Catholique, 2435.

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Le Magistère reconnaît le rôle fondamental joué par les syndicats de travailleurs, qui trouvent leur raison d'être dans le droit de ces derniers à former des associations ou des unions pour défendre leurs intérêts vitaux dans les différentes professions. Les syndicats « ont grandi à partir de la lutte des travailleurs, du monde du travail et surtout des travailleurs de l'industrie, pour la sauvegarde de leurs justes droits vis-à-vis des entrepreneurs et des propriétaires des moyens de production ». Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 629. En poursuivant leur fin spécifique au service du bien commun, les organisations syndicales contribuent à la construction de l'ordre social et de la solidarité et représentent donc un élément indispensable de la vie sociale. La reconnaissance des droits du travail constitue depuis toujours un problème difficile à résoudre, car elle se situe à l'intérieur de processus historiques et institutionnels complexes et on peut dire qu'aujourd'hui encore, elle est incomplète. Cela rend plus que jamais actuel et nécessaire l'exercice d'une solidarité authentique entre les travailleurs.

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La doctrine sociale enseigne que les rapports au sein du monde du travail doivent être caractérisés par la collaboration: la haine et la lutte visant à éliminer l'autre constituent des méthodes tout à fait inacceptables, notamment parce que, dans tout système social, autant le travail que le capital sont indispensables au processus de production. À la lumière de cette conception, la doctrine sociale « ne pense pas que les syndicats soient seulement le reflet d'une structure “de classe” de la société; elle ne pense pas qu'ils soient les porte-parole d'une lutte de classe qui gouvernerait inévitablement la vie sociale ». Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 630. Les syndicats sont à proprement parler les promoteurs de la lutte pour la justice sociale, pour les droits des travailleurs, dans leurs professions spécifiques: « Cette “lutte” doit être comprise comme un engagement normal “en vue” du juste bien (...); mais elle n'est pas une “lutte contre” les autres ». Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 630. Étant avant tout un instrument de solidarité et de justice, le syndicat ne peut abuser des instruments de lutte; en raison de sa vocation, il doit vaincre les tentations du corporatisme; savoir s'auto-réglementer et peser les conséquences de ses choix par rapport à l'horizon du bien commun. Cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 2430.

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C'est au syndicat, en plus de ses fonctions défensives et revendicatives, que reviennent à la fois une représentation tendant à « la bonne organisation de la vie économique » Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 58 (1966) sur vatican.va — PDF numérisé (1966) 1090. et à l'éducation de la conscience sociale des travailleurs, afin qu'ils se sentent partie active, selon les capacités et les aptitudes de chacun, dans toute l'œuvre du développement économique et social et de la construction du bien commun universel. Le syndicat et les autres formes d'associationnisme des travailleurs doivent assumer une fonction de collaboration avec les autres sujets sociaux et s'intéresser à la gestion de la chose publique. Les organisations syndicales ont le devoir d'influencer le pouvoir politique, afin de le sensibiliser dûment aux problèmes du travail et de l'inciter à favoriser la mise en œuvre des droits des travailleurs. Toutefois, les syndicats n'ont pas le caractère de « partis politiques » qui luttent pour le pouvoir et ne doivent pas non plus être soumis aux décisions des partis politiques ou entretenir avec eux des liens trop étroits: « Si telle est leur situation, ils perdent facilement le contact avec ce qui est leur rôle spécifique, celui de défendre les justes droits des travailleurs dans le cadre du bien commun de toute la société, et ils deviennent, au contraire, un instrument pour d'autres buts ». Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20: AAS — Acta Apostolicae SedisVolume 73 (1981) sur vatican.va — PDF numérisé (1981) 631.