Les éditions présentes ici agencent ce livre différemment : un même numéro de chapitre et de verset désigne donc un texte différent dans chacune.
1aLa seconde année du règne d’Assuérus2. Assuérus, Vulg. Artaxerxès. Ce nom vient de la version grecque que S. Jérôme traduit ici, et qui, dans tout le livre, rend par Artaxerxès l'hébreu Achaschvérôsch. Nous avons conservé la forme Assuérus qui répond mieux au texte original., le grand roi, le premier jour du mois de Nisan, Mardochée, fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Cis, de la tribu de Benjamin, eut un songe.1b C’était un Juif qui demeurait dans la ville de Suse, homme illustre et attaché à la cour du roi. Il était du nombre des captifs que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait transporté de Jérusalem avec Jéchonias, roi de Juda.1c Voici quel fut son songe : Soudain on entendit des voix, un grand bruit et des tonnerres ; la terre trembla et fut bouleversée.1d Puis soudain deux grands dragons s’avancèrent, tous deux prêts à combattre.1e Ils firent entendre un grand cri et, à leur voix, toutes les nations se préparèrent à la lutte, pour combattre le peuple des justes.1f Puis soudain, ce fut un jour de ténèbres et d’obscurité ; il y eut angoisse, détresse, tribulation et grande épouvante sur la terre.1g Le peuple entier des justes, craignant pour lui tous les maux, était dans le trouble et se préparait à périr.1h Ils crièrent vers Dieu et, à leurs cris10. Et, à leurs cris, etc., m. à m., d’après le grec : Et de leur cri, comme d’une petite source provient un grand fleuve, provint beaucoup d’eau., il y eut comme une petite source d’où sortit un grand fleuve, une masse d’eau.1i La lumière et le soleil brillèrent ; ceux qui étaient dans l’humiliation furent élevés, et ils dévorèrent ceux qui étaient dans les honneurs.1k S’étant réveillé après avoir vu ce songe et ce que Dieu avait résolu de faire, Mardochée le retint gravé dans son esprit et, jusqu’à la nuit, il fit tous ses efforts pour le comprendre. Puis Mardochée demeura à la cour avec Bagathan et Tharès, les deux eunuques du roi, gardiens de la porte du palais. Ayant connu leurs pensées et pénétré leurs desseins, il découvrit qu’ils s’étaient proposés de porter la main sur le roi Assuérus, et il en donna avis au roi. Celui-ci fit mettre à la question les deux eunuques et, sur leur aveu, les envoya au supplice. Le roi fit écrire dans les ChroniquesXII, 4. Dans les chroniques, ou en souvenir. ce qui s’était passé, et Mardochée en consigna aussi par écrit le souvenir. Et le roi ordonna qu’il exercerait un office dans le palais, et il lui donna des présents pour sa dénonciation. Mais Aman, fils d’Amadatha, l’Agagite6. L’Agagite : la Vulg., avec les LXX, appelle ici Aman le Bugéen, en gr. Bougaios. Plusieurs donnent à ce mot le sens de vantard, imposteur (Homère, Iliad, xiii, 824) ; d’autres, celui d’eunuque (comp. Bagoas, Jud. xii, 11). Mais comme le grec Bugéen (Ugéen dans quelques exemplaires) apparaît toujours comme traduction de l’hébreu Agâgi (iii, 1, etc.), il est assez naturel d’y voir une altération du mot Agagéen., était en grand honneur auprès du roi, et il chercha à perdre Mardochée et son peuple à cause des deux eunuques du roi(**) Ce qui précède est l’avant propos. Ce qui suit était à l’endroit du livre où il est écrit : Et ils pillèrent leurs biens ou leurs richesses. Nous l’avons trouvé dans la seule édition Vulgate. (Note de S. Jérôme.) Observons qu’à l’endroit indiqué (iii, 13) les textes grec et latin portent non pas : ils pillèrent, mais : pour qu’ils pillassent..1 C’était au temps d’AssuérusI. 1. Assuérus : l’hébr. Achaschivêrosch répond à la forme perse Kschayarscha (avec l’aleph prosthétique), c.-à-d. Xerxès, le fils de Darius, fils d’Hystaspe. La version grecque a rendu partout le nom du roi par Artaxerxès., — de cet Assuérus qui régna, depuis l’Inde jusqu’à l’Éthiopie, sur cent vingt-sept provinces, —2 au temps où le Roi Assuérus était assis sur son trône royal à Suse, la capitale.3 La troisième année de son règne, il fit un festin3. Les LXX font dépendre toute la fin du vers, des mots il fit un festin (à tous ses princes…, à l’année, etc…, devant lui). à tous ses princes et à tous ses ministres. Les chefs de l’armée des Perses et des Mèdes, les grands et les gouverneurs des provinces furent réunis en sa présence ;4 c’est alors qu’il déploya devant eux la riche splendeur de son royaume et l’éclatante magnificence de sa grandeur, pendant un grand nombre de jours, pendant cent quatre-vingts jours4. Ou lit dans l’hébreu : « des jours nombreux, 80 et 100 jours. » Cette construction un peu singulière ferait croire qu’au lieu du mot rabbîm, nombreux, on lisait schenem, deux : 182 jours. Ce serait une faute de copiste due à la confusion des deux premières lettres. Les LXX ont seulement : « durant 180 jours. ».5 Lorsque ces jours furent écoulés, le roi fit pour tout le peuple qui se trouvait à Suse, la capitale, depuis le plus grand jusqu’au plus petit, un festin de sept jours5. Un festin de sept jours. Septante : « six jours », dans la cour du jardin de la maison royale.6 Des tentures blanches6. Des tentures blanches, vertes… : le mot hébreu karpas, emprunté du perse, désigne le coton. Il faudrait traduire des tentures d’étoffe blanche, de coton et de pourpre violette., vertes et bleues étaient attachées par des cordons de byssus et de pourpre à des anneaux d’argent et à des colonnes de marbre ; des lits d’or et d’argent étaient posés sur un pavé de porphyre, de marbre blanc, de nacre et de marbre noir.7 On servait à boire dans des vases d’or de différentes formes7. De differentes formes, m à m et les vases différents des vases — En grec : On y voyait des coupes d’or et d’argent et un calice orné de diamants, valant trente mille talents., et le vin royal était offert en abondance, grâce à la libéralité du roi.8 Suivant le décret, chacun buvait sans que personne lui fît violence8. Suivant le décret d’Assuérus dérogeant à la coutume des Perses (Josèphe. Antiq. XI, vi, 1) qui voulait que les convives bussent un nombre de coupes déterminé. En grec : on but à ce festin sans règle fixée d’avance., car le roi avait ordonné à tous les officiers de sa maison de se conformer à la volonté de chacun des convives.9 La reine Vasthi9. Vasthi, en vieux perse : excellente ; Grec : Ἀστιν. fit aussi un festin pour les femmes, dans la maison royale du roi Assuérus.La reine Vasthi refuse d’obéir à l’ordre d’Assuérus
Gustave Doré (1832-1883), La Grande Bible de Tours (Alfred Mame et fils, Tours, 1866)
The Doré Bible Illustrations (Dover Publications, 1974) — Numérisations fournies par Rev. Felix Just, S.J.10 Le septième jour, comme le vin avait mis la joie au cœur du roi, il ordonna à Maüman, Bazatha, Harbona, Bagatha, Abgatha, Zéthar et Charchas, les sept eunuques qui servaient devant le roi Assuérus,11 d’amener en sa présence la reine Vasthi, couronnée du diadème royal11. Diadème, en gr. kidaris, espèce de turban qui se terminait en pointe à la partie supérieure., pour montrer sa beauté aux peuples et aux grands, car elle était belle de figure.12 Mais la reine Vasthi refusa de se rendre au commandement du roi, qu’elle avait reçu par l’intermédiaire des eunuques, et le roi fut très irrité et sa colère s’enflamma.13 Alors le roi s’adressa aux sages qui avaient la connaissance des temps : — car ainsi se traitaient les affaires du roi, devant tous ceux qui étaient experts dans la loi et le droit,14 et les plus près de lui étaient Charséna, Séthar, Admatha, Tharsis, Marès, Marsana et Mamuchan, les sept princes de Perse et de Médie, qui voyaient la face du roi et qui occupaient le premier rang dans le royaume. —15 « Quelle loi, dit-il, doit-on appliquer à la reine Vasthi15. Quelle loi doit-on appliquer à la reine ? m. à m. selon la loi, quoi faire à la reine ? ou, selon quelle loi agir avec la reine ?, pour n’avoir pas exécuté l’ordre du roi Assuérus, qu’il lui a donné par l’intermédiaire des eunuques ? »16 Mamuchan répondit devant le roi et les princes : « Ce n’est pas seulement à l’égard du roi que la reine Vasthi a mal agi, mais aussi envers tous les princes et tous les peuples qui sont dans toutes les provinces du roi Assuérus.17 Car l’action de la reine viendra à la connaissance de toutes les femmes et les portera à mépriser leurs maris ; elles diront : Le roi Assuérus avait ordonné qu’on amenât en sa présence la reine Vasthi, et elle n’y est point allée.18 Et dès aujourd’hui, les princesses de Perse et de Médie, qui auront appris l’action de la reine, la citeront à tous les princes du roi, et il en résultera beaucoup de mépris et de colère.19 Si le roi le trouve bon, qu’on publie de sa part et qu’on inscrive parmi les lois des Perses et des Mèdes, pour n’être pas enfreinte, une ordonnance royale portant que la reine Vasthi ne paraîtra plus devant le roi Assuérus, et que le roi donnera sa dignité de reine à une autre qui soit meilleure qu’elle.20 Et quand l’édit du roi sera connu dans tout son royaume, qui est vaste, toutes les femmes rendront honneur à leurs maris, depuis le plus grand jusqu’au plus petit. »21 Le conseil plut au roi et aux princes, et le roi agit selon le discours de Mamuchan.22 Il envoya des lettres à toutes les provinces du royaume, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue22. Il parlerait le langage de son peuple, en ce sens que la langue maternelle de la femme, si elle différait de celle du mari, ne devait pas prévaloir dans la famille. Vulgate, et que cela devait être publié parmi les peuples. ; elles portaient que tout mari devait être le maître dans sa maison et qu’il parlerait le langage de son peuple.