Esther 4

Les éditions présentes ici agencent ce livre différemment : un même numéro de chapitre et de verset désigne donc un texte différent dans chacune.
Mardochée, ayant appris tout ce qui se passait, déchira ses vêtements, se revêtit d’un sac et se couvrit la tête de cendre ; puis il alla au milieu de la ville en poussant avec force des gémissements amers. Et il se rendit jusque devant la porte du roi ; car nulle personne revêtue d’un sac n’avait le droit de franchir la porte du roi. Dans chaque province, partout où arrivaient l’ordre du roi et son édit, il y eut un grand deuil parmi les Juifs ; ils jeûnaient, pleuraient et se lamentaient, et le sac et la cendre servaient de couche à beaucoup d’entre eux. Les servantes d’Esther et ses eunuques vinrent lui apporter cette nouvelle, et la reine fut très effrayée. Elle envoya des vêtements à Mardochée pour s’en revêtir, afin qu’il ôtât son sac ; mais il ne les accepta pas. Alors Esther, ayant appelé Athach, l’un des eunuques que le roi avait placés auprès d’elle, le chargea d’aller demander à Mardochée ce que c’était et d’où venait son deuil. Athach se rendit auprès de Mardochée, qui se tenait sur la place de la ville, devant la porte du roi ; et Mardochée lui fit connaître tout ce qui lui était arrivé, et la somme d’argent qu’Aman avait promis de peser pour le trésor du roi en retour du massacre des Juifs. Il lui remit aussi une copie de l’édit publié dans Suse en vue de leur extermination, afin qu’il le montrât à Esther, lui apprît tout, et lui commandât de se rendre chez le roi afin de le supplier et de lui demander grâce pour son peuple. Il fit mander XV, 1. Il fit mander à Esther. Le sujet n’est pas exprimé dans le texte. Mais, comme S. Jérôme le marque entre parenthèses, « il n’y a pas de doute que ce soit Mardochée. » Le complément est exprimé par le pronom ei ; mais il est évident, de par le contexte, qu’il s’agit d’Esther. à Esther d’entrer chez le roi, afin de lui adresser une supplication pour son peuple et sa patrie. « Rappelle-toi, lui dit-il, les jours de ton abaissement, et comment tu as été nourrie de ma main ; car Aman, le premier après le roi, a parlé contre nous pour notre perte. Mais toi, invoque le Seigneur et parle pour nous au roi ; sauve-nous de la mort ! » (*) J’ai trouvé aussi (dans les LXX) le morceau qui suit. (Note de S. Jérôme.) Ce fragment qui, dans le texte grec, suit immédiatement la prière d’Esther, donne le récit détaillé de sa visite à Assuérus, sommairement rapportée dans les versets v, 1 et 2 des textes hébreu et latin. Athach vint rapporter à Esther les paroles de Mardochée. Esther donna l’ordre à Athach d’aller dire à Mardochée : « Tous les serviteurs du roi et le peuple de ses provinces savent que si quelqu’un, homme ou femme, pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans avoir été appelé, l’unique loi qu’on lui applique porte peine de mort ; à moins que le roi, lui tendant son sceptre d’or, ne lui donne la vie. Et moi, je n’ai pas été appelée à aller auprès du roi depuis trente jours. » Quand les paroles d’Esther eurent été rapportées à Mardochée, celui-ci lui fit répondre : « Ne t’imagine pas en toi-même que tu échapperas seule d’entre tous les Juifs, parce que tu es dans la maison du roi. Car, si tu te tais maintenant, il surgira d’ailleurs un secours et une délivrance pour les Juifs, et toi et la maison de ton père, vous périrez. Et qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la dignité royale ? » Esther fit répondre à Mardochée : « Va, rassemble tous les Juifs qui se trouvent à Suse, et jeûnez IV, 16. Et jeûnez (hébr. et LXX ; Vulg., et priez) pour moi, pour que Dieu bénisse ma démarche auprès du roi. pour moi, sans manger ni boire pendant trois jours, ni la nuit ni le jour. Moi aussi, je jeûnerai de même avec mes servantes, puis j’entrerai chez le roi, malgré la loi ; et si je dois mourir, je mourrai. » Mardochée s’en alla, et il fit tout ce qu’Esther lui avait ordonné. Et Mardochée pria le Seigneur, se souvenant de toutes ses œuvres. Il dit : « Seigneur, Seigneur, Roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à votre pouvoir, et il n’est personne qui puisse Vous faire obstacle, si Vous avez résolu de sauver Israël. C’est Vous qui avez fait le ciel et la terre, et toutes les merveilles qui sont sous le ciel. Vous êtes le Seigneur de toutes choses et nul ne peut Vous résister, à Vous le Seigneur ! Vous connaissez toutes choses et Vous savez que ce n’est ni par insolence, ni par orgueil, ni par quelque désir de gloire que j’ai agi en ne me prosternant pas devant le superbe Aman, car volontiers, pour le salut d’Israël, je serais prêt à baiser les traces mêmes de ses pas. Mais je l’ai fait pour ne pas mettre l’honneur d’un homme au-dessus de l’honneur dû à mon Dieu ; et jamais je ne me prosternerai devant un autre que Vous, mon Seigneur, et ce n’est pas par orgueil que j’agirai de la sorte. Maintenant donc, Seigneur mon Dieu et mon Roi, Dieu d’Abraham, ayez pitié de votre peuple, parce que nos ennemis jettent les yeux sur nous pour nous perdre et veulent détruire votre antique héritage. Ne méprisez pas votre lot, que Vous avez racheté pour Vous de la terre d’Égypte. Exaucez ma prière ! Soyez favorable à votre part d’héritage et changez notre deuil en joie, afin que, conservant la vie, nous célébrions votre nom, Seigneur, et ne fermez pas la bouche de ceux qui vous louent. » Tout Israël cria aussi vers le Seigneur de toutes ses forces ; car ils avaient la mort devant les yeux. La reine Esther aussi, se sentant placée en un extrême péril de mort, eut recours au Seigneur. Quittant ses vêtements splendides, elle prit des habits d’angoisse et de deuil ; à la place de ses parfums précieux, elle se couvrit la tête de cendre et de poussière, affligea XIV, 2. Elle affligea, par les jeûnes, ajoute la Vulg. d’après iv, 16. durement son corps et, s’arrachant les cheveux, elle en remplissait tous les lieux où elle avait coutume de se livrer à la joie. Et elle adressa cette prière au Seigneur, Dieu d’Israël : « Mon Seigneur, qui êtes seul notre Roi, assistez-moi dans mon délaissement, moi qui n’ai, pas d’autre secours que Vous ; car le danger qui me menace, je le touche 4. Je le touche déjà de mes mains, m. à m. est dans ma main. déjà de mes mains. J’ai appris dès mon bas âge, au sein de ma tribu paternelle, que Vous, Seigneur, avez pris Israël de préférence à toutes les nations, et nos pères de préférence à tous leurs ancêtres, pour votre héritage éternel, et que Vous avez accompli en leur faveur toutes vos promesses. Et maintenant, nous avons péché en votre présence, et Vous nous avez livrés aux mains de nos ennemis, parce que nous avons rendu hommage à leurs dieux. Vous êtes juste, Seigneur ! Et maintenant, il ne leur suffit plus de faire peser sur nous une amère servitude, mais ils ont mis leurs mains 8. Ils ont mis leurs mains. Les mots qui suivent (dans les mains de leurs idoles, faire serment) sont une interprétation. D’autres interprètent : Ils ont fermement décidé d’abolir etc. dans les mains de leurs idoles, pour faire serment d’abolir les décrets de votre bouche, d’anéantir votre héritage, de fermer la bouche de ceux qui Vous louent, et d’éteindre la gloire de votre temple et de votre autel, afin que s’ouvre la bouche des nations, pour louer la puissance des idoles et célébrer à jamais un roi de chair. Ne livrez pas, Seigneur, votre sceptre à ceux qui ne sont rien, afin qu’ils ne se rient pas de notre ruine ; mais faites retomber sur eux leur dessein et faites un exemple de celui qui le premier 11. De celui qui le premier s’est déchaîné contre nous ; m. à m. de celui qui a commencé contre nous. s’est déchaîné contre nous. Souvenez-Vous de nous, Seigneur ; faites-Vous connaître dans ce temps de notre affliction et donnez-moi du courage, Roi des Dieux et Dominateur de toute puissance ! Mettez de sages paroles sur mes lèvres en présence du lion, et faites passer son cœur à la haine de notre ennemi, afin qu’il périsse, lui et tous ceux qui ont les mêmes sentiments. Mais nous, délivrez-nous par votre main, et assistez-moi, moi qui suis seule et n’ai que Vous, Seigneur ! Vous connaissez toutes choses, et Vous savez que je hais la splendeur des méchants, que j’ai horreur de la couche des incirconcis et de tout étranger. Vous savez la contrainte que je subis, vous savez que j’ai en horreur l’insigne de mon élévation, qui est posé sur ma tête aux jours où je dois me laisser voir ; je l’ai en horreur comme un linge souillé, et je ne le porte point aux jours que je puis passer dans la retraite. Votre servante n’a jamais mangé à la table d’Aman, ni fait grand cas des festins du roi, ni bu le vin des libations. Jamais, depuis le jour où j’ai été amenée ici jusqu’à maintenant, votre servante n’a goûté la joie, si ce n’est en Vous, Seigneur Dieu, Dieu d’Abraham. Ô Dieu, qui l’emportez sur tous en puissance, exaucez la prière de ceux qui n’ont aucun autre espoir ; délivrez-nous des mains des méchants et tirez-moi de mon angoisse ! » (*) J’ai encore trouvé ceci dans l’édition Vulgate. (Note de S. Jérôme.) Il ne nous dit pas à quel endroit se lisaient ces paroles de Mardochée ; mais xv, 1, reproduit en partie le verset iv, 8, auquel elles font suite. En réalité, ce fragment devrait être placé avant les prières qui précèdent.

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