Isaïe 7

Il arriva du temps d’Achaz, VII, 1. Dès la fin du règne de Joatham, Phacée et Rasin s’étaient ligués pour faire la guerre au royaume de Juda (II Rois, xv, 37). Le verset 1 nous transporte aux premières années d’Achaz (vers 736 av. J.-C.), probablement après la défaite de son armée par les Syriens et les Éphraïmites (Israélites du Nord ; II Par. xxviii, 5, 6), au moment où les deux rois alliés réunirent leurs troupes pour attaquer Jérusalem. (II Rois, xvi, 6). fils de Joatham, fils d’Ozias, roi de Juda, que Rasin, roi de Syrie, avec Phacée, fils de Romélie, roi d’Israël, monta contre Jérusalem pour l’attaquer ; mais il ne put s’en emparer. On annonça à la maison de David cette nouvelle : « La Syrie est campée en Éphraïm. » 2. La Syrie est campée en Éphraïm, ou bien : s’est appuyée sur Éphraïm, a fait sa jonction avec l’armée de Phacée, roi d’Israël. Alors le cœur du roi et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. Et Yahweh dit à Isaïe : « Sors à la rencontre d’Achaz, toi et Schéar-Jasub, 3. Schéâr-yaschûb, c.-à-d. un reste reviendra ou se convertira. Ce nom significatif, donné au fils du prophète, exprime la pensée fondamentale de tout le livre, à savoir qu’un petit reste du peuple survivra au châtiment et deviendra le point de départ des temps nouveaux. Vulg., ton fils Jasub qui est laissé. ton fils, vers l’extrémité du canal de l’étang supérieur, sur le chemin du champ du foulon. Et tu lui diras : Prends garde, tiens-toi tranquille, ne crains point, et que ton cœur ne défaille point devant ces deux bouts de tisons fumants, à cause de la fureur de Rasin et de la Syrie, et du fils de Romélie. 4. Les paroles d’Isaïe ont pour but de combattre le projet qui, déjà sans doute, prenait corps dans l’esprit d’Achaz, celui d’un appel à l’Assyrie : projet aussi funeste au pays qu’impie devant Yahweh. Parce que la Syrie a médité le mal contre toi ainsi qu’Éphraïm et le fils de Romélie, en disant : « Montons contre Juda, jetons-le dans l’épouvante, envahissons-le, et établissons-y pour roi 6. Pour roi, vassal de la Syrie et d’Éphraïm. le fils de Tabéel ; ainsi parle le Seigneur Yahweh : Cela n’aura pas d’effet, cela ne sera pas ! Car la tête 8, 9. La tête. Rasin et Phacée ont chacun leur domaine et leur capitale ; cette situation voulue de Dieu ne sera pas changée. — Encore soixante cinq ans : Samarie fut détruite quinze ans après, sous le règne d’Osée, par Salmanasar et Sargon (II Rois, xvii, 1-6) ; mais le désastre final qui réduisit Éphraïm à n’être plus un peuple n’eut lieu que plus tard, sous Asarhaddon (II Rois, xvii, 24 ; I Esdr. iv, 2.) de la Syrie, c’est Damas, et la tête de Damas, c’est Rasin ; et encore soixante-cinq ans, et Éphraïm aura cessé d’être un peuple. Et la tête d’Éphraïm, c’est Samarie, et la tête de Samarie, c’est le fils de Romélie. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas ! » Yahweh parla encore à Achaz, en disant : 10-25. D’après le P. Condamin, Le Livre d’Isaïe, toute cette fin du chapitre serait écrite en prose. « Demande un signe à Yahweh, ton Dieu, demande-le dans les profondeurs du schéol ou dans les hauteurs du ciel. » Mais Achaz dit : « Je ne le demanderai pas, je ne tenterai pas Yahweh. » 12. Achaz simule le respect de la loi (Deut. vi, 16) pour couvrir sa mauvaise volonté et son incrédulité. Et Isaïe dit : « Écoutez, maison de David : Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la Vierge 14. La Vierge. S. Matthieu (i, 23), et à sa suite, toute la tradition catholique entendent par la Vierge, la Vierge Marie, et par Emmanuel le Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme véritablement Dieu avec nous. Comp. Mich. v, 1-3. a conçu, et elle enfante un fils, et elle lui donne le nom d’Emmanuel. Il mangera de la crème et du miel, 15. Manger de la crème et du miel, est l’indice, non d’un temps d’abondance, mais d’une époque de dévastation, où l’on n’a plus pour se nourrir que les produits spontanés du sol (cf. vers. 21, 22). jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Car avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont tu redoutes les deux rois sera dévasté. 16. Le pays dont tu redoutes etc. S’appuyant sur une variante des LXX, le P. Condamin traduit : la terre pour laquelle tu redoutes les deux rois, c.-à d. le pays de Juda, sera dévasté. Il le sera par les Assyriens, dont il est question dans les vers. suivants. Yahweh fera venir sur toi et sur ton peuple, et sur la maison de ton père, des jours tels qu’il n’en est pas venu depuis le jour où Éphraïm s’est séparé de Juda, — le roi d’Assyrie. » En ce jour-là, Yahweh sifflera 18. Sifflera. Chaque image convient au pays qu’elle caractérise : en Égypte abondent les mouches et les cousins, comme les abeilles en Assyrie. la mouche qui est à l’extrémité des fleuves d’Égypte, et l’abeille qui est au pays d’Assyrie. Elles viendront et se poseront toutes dans les vallées escarpées et dans les fentes des rochers, sur tous les buissons et sur tous les pâturages. En ce jour-là, le Seigneur rasera avec un rasoir qu’il aura loué au delà du Fleuve — avec le roi d’Assyrie, — la tête et le poil des pieds, et il enlèvera aussi la barbe. En ce jour-là, un homme nourrira une vache et deux brebis, et, à cause de l’abondance du lait qu’elles donneront, on ne mangera plus que de la crème ; car c’est de la crème et du miel que mangeront tous ceux qui seront restés dans le pays. En ce jour-là, tout endroit où il y avait mille ceps de vigne, valant mille pièces d’argent, sera couvert de ronces et d’épines. On y entrera avec des flèches et avec l’arc, car tout le pays ne sera que ronces et épines. Et sur toutes les montagnes que l’on cultivait avec le sarcloir, tu n’iras plus, par crainte des ronces et des épines, elles seront un pâturage de bœufs, et une terre foulée par les brebis.

Cité dans 25