Tobie 3

La Nova Vulgata ne révise pas la traduction de saint Jérôme pour ce livre, comme elle le fait ailleurs : elle imprime à sa place une traduction latine plus ancienne, si bien qu’un même numéro de chapitre et de verset désigne un texte différent chez elle et dans la Vulgate clémentine.
Alors Tobie, ayant poussé un soupir, commença à prier avec larmes, en disant : « Vous êtes juste, Seigneur ; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice. Et maintenant, Seigneur, souvenez-vous de moi ; ne tirez pas vengeance de mes péchés, et ne rappelez pas en votre mémoire mes offenses, ou celles de mes ancêtres. Car nous n’avons pas obéi à vos préceptes ; c’est pourquoi nous avons été livrés au pillage, à la captivité, à la mort, à la risée et à l’opprobre parmi toutes les nations au sein desquelles vous nous avez dispersés. Et maintenant, Seigneur, vos châtiments sont grands, parce que nous n’avons pas agi selon vos préceptes et que nous n’avons pas marché sincèrement devant vous. Et maintenant, Seigneur, traitez-moi selon votre volonté, et commandez que mon esprit soit reçu en paix, car il est meilleur pour moi de mourir que de vivre. » III, 6. Grec : Et maintenant, traitez moi selon votre bon plaisir. Ordonnez que mon esprit me soit enlevé, afin que je meure et devienne terre ; car mieux vaut pour moi mourir que vivre, car j’entends de faux reproches, et c’est pour moi un grand chagrin. Ordonnez que je sois maintenant délivré de la détresse et que j’aille vers le lieu éternel; ne détournes pas de moi votre visage. Il arriva en ce même jour, à Ecbatane, 7. Ecbatane : sans aucun doute, dit le P. Comely, il faut lire ici Ecbatane au lieu de Ragès, nom que notre Vulgate seule — par suite d’une erreur déjà ancienne — donne à la ville de Raguel, contrairement à tous les autres textes. Comp. x, 1-6. — Voir Esdr. vi, 2. Judith i, 1 sv. ville des Mèdes, que Sara, fille de Raguel, entendit, elle aussi, les injures d’une des servantes de son père. Car elle avait été successivement donnée en mariage à sept maris, et un démon, nommé Asmodée, 8. Asmodée : ce nom vient, soit du perse azmuden, tenter, soit plus probablement de l’hébreu schâmad, perdre. Comp. vi, 17. les avait fait mourir aussitôt qu’ils étaient venus auprès d’elle. Comme elle reprenait donc cette servante pour quelque faute, celle-ci lui répondit en disant : « Que jamais nous ne voyions sur la terre ni fils ni fille de toi, meurtrière de tes maris. ! Veux-tu donc me donner aussi la mort, comme tu as déjà fait mourir sept maris ? « À cette parole, Sara monta dans la chambre haute de sa maison et y resta trois jours et trois nuits, sans boire ni manger. Mais, persévérant dans la prière, elle suppliait Dieu avec larmes de la délivrer de cet opprobre. 11. Cet opprobre : de passer pour avoir fait mourir ses maris et de n’avoir point d’enfants. D’après le texte grec, Sara aurait eu un instant la pensée de s’étrangler ; mais elle la repoussa, à la pensée de l’opprobre qui en résulterait pour son père ; puis, s’approchant de la fenêtre pour regarder le ciel, elle commença sa prière. Le troisième jour, elle acheva sa prière et bénit le Seigneur, en disant : « Béni soit votre nom, ô Dieu de nos pères, qui, lors même que vous êtes irrité, faites miséricorde, et qui, au temps de la tribulation, pardonnez les péchés à ceux qui vous invoquent. Vers vous, Seigneur, je tourne mon visage, vers vous j’élève mes yeux. Je vous demande, Seigneur, de me délivrer des liens de cet opprobre ; sinon, de me retirer de cette terre. 15 sv. Dans le grec, Sara insiste plus que dans le latin sur la pensée de la mort. Vous savez, Seigneur, que je n’ai jamais désiré un mari, et que j’ai conservé mon âme pure de toute concupiscence. Jamais je n’ai fréquenté les jeux folâtres et n’ai eu de commerce avec les hommes de conduite légère. C’est dans votre crainte, et non pour suivre ma passion, que j’ai consenti à prendre un mari. Ou bien je n’étais pas digne d’eux, ou bien peut-être n’étaient-ils pas dignes de moi, car il se pourrait que vous m’ayez conservée pour un autre époux. Il n’est pas au pouvoir de l’homme de pénétrer vos desseins. Mais quiconque vous honore tient pour assuré que sa vie, si elle a été dans l’épreuve, sera couronnée, que s’il a été dans la tribulation, il sera délivré, et que si le châtiment est venu sur lui, il pourra obtenir votre miséricorde. Car vous ne prenez point plaisir à notre perte, mais après la tempête vous ramenez le calme, et après les pleurs et les larmes vous répandez la joie. Que votre nom, Dieu d’Israël, soit béni dans tous les siècles ! » Ces deux supplications 24. La supplication de Tobie (vers. 2 sv.) et celle de Sara. furent exaucées en même temps devant la gloire du Dieu souverain ; et le saint ange du Seigneur, Raphaël, fut envoyé pour guérir Tobie et Sara, dont les prières avaient été prononcées en même temps en présence du Seigneur. 25. Pour guérir, secourir : l’expression fait allusion au nom même de Raphaël, qui signifie Dieu guérit, ou guérison de Dieu. On lit dans les LXX : « Raphaël fut envoyé pour les guérir l’un et l’autre, en faisant tomber les taies de Tobit, en donnant Sara, fille de Raguel, pour épouse à Tobie, fils de Tobit, et en liant le mauvais esprit Asmodée : car elle devait échoir à Tobie comme à son héritier. Dans ce même temps Tobie retourna chez lui et entra dans sa maison, et Sara, fille de Raguel, descendit de la chambre haute. »

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