Tobie 6

La Nova Vulgata ne révise pas la traduction de saint Jérôme pour ce livre, comme elle le fait ailleurs : elle imprime à sa place une traduction latine plus ancienne, si bien qu’un même numéro de chapitre et de verset désigne un texte différent chez elle et dans la Vulgate clémentine.
Tobie partit, suivi du chien, et il fit sa première halte près du fleuve du Tigre. Comme il descendait sur la rive pour se laver les pieds, voici qu’un énorme poisson s’élança pour le dévorer. VI, 2. Pour le dévorer, pour dévorer le pied du jeune homme, dit le texte gr. du Sinaï. Effrayé, Tobie poussa un grand cri, en disant : « Seigneur, il se jette sur moi ! » 3. Ce verset manque dans les LXX, et les versets 4 et 5 ont un texte plus abrégé.
Tobie et l’ange
L’ange lui dit : « Prends-le par les ouïes et tire-le à toi. » Ce qu’ayant fait, il le tira sur la terre sèche, et le poisson se débattit à ses pieds. L’ange lui dit : « Vide ce poisson, et conserves-en le cœur, le fiel et le foie, car ils sont employés comme d’utiles remèdes. » Il obéit ; puis il fit rôtir une partie de la chair, qu’ils emportèrent avec eux pour la route ; ils salèrent le reste, qui devait leur suffire jusqu’à ce qu’ils arrivassent à Ragès, ville des Mèdes. 6 8. Le sens est le même dans le grec, mais les détails varient un peu ; il n’est pas question, par exemple, de saler une partie du poisson. — Au lieu de Ragès, on lit Ecbatane dans le grec, et cette leçon est préférable. Et Tobie interrogea l’ange, en disant : « Je te prie, Azarias mon frère, de me dire quelle vertu curative possèdent les parties de ce poisson que tu m’as commandé de garder. » L’ange lui répondit : « Si tu poses sur des charbons une petite partie du cœur, la fumée qui s’en exhale chasse toute espèce de démons, soit d’un homme, soit d’une femme, en sorte qu’ils ne peuvent plus s’en approcher. Et le fiel sert à oindre les yeux couverts d’une taie, et il les guérit. » Tobie lui dit : « Où veux-tu que nous prenions du repos ? » L’ange lui répondit : « Il y a ici un homme appelé Raguel, de ta tribu et de ta famille ; il a une fille nommée Sara, mais, en dehors d’elle, il n’a aucun autre enfant, fils ou fille. 11. LXX : « Car c’est à toi que doit échoir son héritage, étant seul de sa famille. Cette jeune fille est belle et sage. Maintenant donc, écoute-moi, et je parlerai à son père ; et quand nous serons revenus de Ragès, nous célébrerons ce mariage. Car je sais que Raguel ne la donnera à aucun autre homme, selon la loi de Moïse, qu’il n’encoure la mort ; car c’est à toi, préférablement à tout autre, qu’il appartient de recueillir son héritage. » Tout son bien doit te revenir, et il faut que tu la prennes pour épouse. 12. Il faut : c’était une obligation légale ; une fille héritière devait épouser un homme de sa tribu, son parent : Nombr. xxvii, 8 et xxxvi, 6-12. (Comp. Deut. xxv, 6 sv. ; Ruth, iv, 4 sv. où nous trouvons une loi analogue.) Demande-la donc à son père, et il te la donnera pour femme. » Alors Tobie répondit : « J’ai ouï dire qu’elle avait déjà épousé sept maris, et qu’ils sont tous morts et l’on m’a dit encore qu’un démon les avait tués. Je crains donc que le même chose ne m’arrive à moi-même, et que, étant 15. Le Vaticanus : « Je suis fils unique de mon père, et je crains qu’en entrant près d’elle, je ne meure comme les premiers ; parce qu’un démon l’aime (Sinaïticus : ne lui fait pas de mal à elle), mais ne fait de mal qu’à ceux qui veulent s’approcher d’elle (Sinaïticus : il tue celui qui veut, etc.) ; je crains donc de mourir et de réduire mon père et ma mère à passer leur vie dans la tristesse à mon sujet jusqu’au tombeau, et il ne leur reste aucun autre fils pour les ensevelir. » fils unique de mes parents, je ne fasse descendre avec tristesse leur vieillesse dans le tombeau. » Et l’ange Raphaël lui dit : « Écoute-moi, et je t’apprendrai qui sont ceux sur lesquels le démon a du pouvoir. 16-22. LXX : « L’ange lui dit : “Ne te souvient-ils pas de ce que ton père t’a dit, lorsqu’il t’a ordonné de te choisir une femme de sa famille ? Écoute-moi donc, mon frère ; elle sera ton épouse et ne compte pour rien ce démon, parce que cette nuit même elle te sera donnée pour épouse. Lorsque tu entreras dans la chambre nuptiale, tu prendras le brasier aux parfums, sur lequel tu mettras du cœur et du foie du poisson, et tu les feras fumer. Alors le démon, frappé de cette odeur, s’enfuira et ne reviendra plus jamais. Lorsque tu te seras approché d’elle, levez-vous l’un et l’autre et élevez votre voix vers le Dieu de miséricorde, et il vous sauvera et aura pitié de vous. Ne crains point ; car elle t’est destinée de tout temps. Tu la sauveras et elle ira avec toi, et je ne doute pas que tu n’en aies des enfants.” Tobie à ces paroles aima Sara ; son âme s’attacha étroitement à elle, et il arriva à Ecbatane. » Ce sont ceux qui entrent dans le mariage en bannissant Dieu de leur cœur et de leur pensée, pour se livrer à leur passion, comme le cheval et le mulet qui n’ont pas de raison : sur ceux-là le démon a pouvoir. Mais toi, lorsque tu l’auras épousée, étant entré dans la chambre, vis avec elle en continence pendant trois jours, et ne songe à autre chose qu’à prier Dieu avec elle. La première nuit, livre au feu le foie du poisson, et le démon s’enfuira. La seconde nuit, tu seras admis dans la société des saints patriarches. La troisième nuit, tu recevras la bénédiction promise à leur postérité, afin qu’il naisse de vous des enfants pleins de vigueur. La troisième nuit passée, tu prendras la jeune fille dans la crainte du Seigneur, guidé bien plus par le désir d’avoir des enfants que par la passion, afin que tu obtiennes dans tes enfants la bénédiction promise à la race d’Abraham. »

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